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Maghreb, Afrique subsaharienne

Adage (2002), Les freins au dépistage du VIH chez les populations primo-migrantes originaires du Maghreb et d’Afrique subsaharienne : synthèse d’une l’étude qualitative, Sida Info Service, OMI, Ministère de la santé, Aides

  


Contexte

En partenariat avec l’OMI, Sida Info Service a réalisé une étude qualitative sur la prévention du sida (perceptions et comportements) chez les primo-migrants. Le premier volet (présenté ici) est consacré à un public originaire du Maghreb et d’Afrique subsaharienne, tandis que le second volet est consacré aux primo-migrants originaires d’Asie (Chine, Sri Lanka) et d’Europe de l’Est (Voir la Fiche Migrants : Europe de l’Est, Sri Lanka, Chine).

Objectifs

Les objectifs de cette étude étaient d’identifier les connaissances sur le VIH/sida (préservatif et dépistage), cerner les prises de risque, mettre en évidence les freins au dépistage, recueillir les réactions face aux campagnes de prévention, et repérer les zones de convergences/divergences entre les différentes populations pour savoir à quels niveaux agréger ou au contraire spécifier les messages qui leur sont adressés.

Population d’enquête / Mode de recrutement

24 entretiens semi-directifs en face à face ont été réalisés durant le mois de septembre 2002 :

- 12 personnes originaires d’Afrique du Nord (Algérie, Maroc, Tunisie) ;
- 12 personnes originaires d’Afrique de l’Ouest (Mali, Mauritanie, Sénégal) ;
- Répartition équilibrée par sexe, tranches d’âge (20-30 / 30-40 / 40-50 ans) et situation familiale (célibataires ou mariés ; vivant seuls ou avec leur famille) ;
- Catégories socioprofessionnelles variées, avec une légère surreprésentation des moins favorisées.

Au choix de ces populations ont présidé les éléments suivants :

- la proportion significative de ces nationalités dans l’immigration africaine en France ;
- le taux de séroprévalence élevé chez certaines de ces populations en France ;
- ces personnes sont pour la plupart francophones ;
- des sollicitations nombreuses, notamment de personnes originaires d’Afrique du Nord, sur le dispositif en langues étrangères de Sida Info Service.

Résultats / Données

  • Les représentations et connaissances concernant le sida

Deux registres sont distingués :

- Un registre rationnel, lié aux connaissances acquises sur la maladie. Celles-ci s’avèrent bien partagées concernant ses modes de transmission, sa gravité et les moyens de protection. En revanche, les connaissances s’avèrent moins précises à propos du développement et des traitements de la maladie.
- Un registre émotionnel, lié à l’affect, généré par la gravité de la maladie. Sur ce second registre, la survenue d’évocations morbides, anxiogènes viennent activer des mécanismes de défense pouvant se manifester au travers de la mise à distance de la maladie elle-même et des personnes considérées comme « à risque », tant sur le plan physique que sur les plans moral et symbolique. S’exprime également un déni de l’existence de la maladie. La tension entre les deux registres conduit à un déséquilibre entre les connaissances et les représentations avec une prévalence du registre émotionnel. Cela se manifeste notamment par des doutes portant sur la véracité des informations détenues, voire des croyances erronées sur les modes de transmission. Par ailleurs, on note que les personnes peu ou pas scolarisées ainsi que les femmes sont les moins bien informées.

  • Les perceptions d’exposition au risque

Les répondants décrivent des situations personnelles très contrastées concernant leur degré d’exposition au risque de contamination, et par voie de conséquence, leurs pratiques en termes de protection et de dépistage. Le risque évoqué se réfère presque exclusivement à la transmission par voie sexuelle.

Degré d’exposition perçu nul ou quasi-nul - Hommes et femmes marié(e)s revendiquant leur fidélité et celle de leur conjoint (les rapports étant établis sur le mode de la confiance) ;
- Jeunes gens n’ayant jamais eu de rapports sexuels.
Pour ces deux catégories de répondants, le dépistage ne correspond pas à une préoccupation
Degré d’exposition perçu comme peu élevé - Jeunes gens multi-partenaires, utilisant systématiquement le préservatif et ayant une grande confiance en son efficacité. Pour cette catégorie de répondants, la réalisation d’un test de dépistage ne s’impose pas dans l’immédiat ;
- Jeunes gens multi-partenaires, utilisant systématiquement le préservatif mais n’ayant qu’une confiance relative dans celui-ci ;
- Personnes exposées à des messages fortement sensibilisants, pouvant avoir un doute à l’égard de leur partenaire ;
Ces deux dernières catégories de répondants pratiquent régulièrement le test de dépistage comme facteur de réassurance
Degré d’exposition jugé élevé - Personnes qui ont eu des rapports non protégés, et qui ont décidé d’adopter un comportement de protection. Celles-ci font un test pour connaître leur situation sérologique ou envisagent de l’effectuer ;
- Personnes qui vivent une relation amoureuse “à distance” dans laquelle la confiance en la fidélité du partenaire n’est pas totale ;
- Personnes qui identifient certaines situations comme à risque alors qu’il est minime voire nul (coiffeur, pince à épiler…)
La pratique de dépistage est ici réalisée en dépit des craintes associées à “l’épreuve de vérité” ou parfois même aux risques perçus comme étant liés au dépistage lui-même
  • Le dépistage

Le terme « dépistage » n’est connu que de la moitié des répondants. Il est par ailleurs peu utilisé par les répondants. Le mot « test », à la fois plus simple et plus neutre, lui est fréquemment substitué.
De nombreux aspects concernant le dépistage restent méconnus ou mal connus pour les personnes n’ayant jamais effectué de test (délai de réalisation du test de dépistage après une prise de risque ; existence de traitements prophylactiques ; délai d’attente des résultats du test ; existence de centres de dépistage).
Par ailleurs, les termes relatifs au statut sérologique peuvent faire l’objet d’une confusion :

- si majoritairement, le vocable “positif” est compris comme indiquant la présence du virus, dans quelques cas on constate une inversion du sens : « Tout est positif j’ai rien ... »
- en revanche, le terme séronégatif reste plus mystérieux : « séronégatif je ne sais pas, peut être celui qui attrape la maladie (…) Le séronégatif peut être guéri ? Ah non, il n’est pas malade, pourquoi il a un nom de malade alors ?… »
Parmi les freins au dépistage, on retrouve en majeur l’image dévalorisante et culpabilisante de la maladie liée à l’idée de faute morale et à la crainte de l’exclusion, ainsi que la peur du résultat. En arguments mineurs, se retrouvent la cherté et l’absence d’anonymat supposées, et l’invisibilité de la maladie à ses débuts la rendant inaccessible au dépistage.

  • Communication

Pour une majorité de répondants, la communication est considérée comme un élément participant à la prévention des risques, et la France est considérée comme un pays plus fortement communiquant que le pays d’origine. Cependant les campagnes de communication semblent peu adaptées aux spécificités de la population migrante. Leurs réactions confirment la nécessaire simplicité des messages, l’importance du descriptif, pour tout ce qui relève de l’information rationnelle et de la “canalisation” de l’imaginaire sur le registre de l’aide personnalisée, de la dédramatisation et le caractère perturbant de certaines images trop explicitement liées au registre sexuel.


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